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Exit l’inextinguible soif d’alcool, Renaud a faim de vivre. Il le dit, il le chante. Son nouveau single, "Toujours debout" signe le grand retour de la voix du chanteur énervé où il règle ses comptes avec les paparazzis et autres chasseurs de rumeurs avant de s’adresser à ses fans. Voix qu’il a fait aussi entendre sur les ondes de France Inter où il s’est longuement exprimé sur ses retrouvailles artistiques avec son public et avec lui-même, aussi.

Renaud va mieux, c’est sûr. Et pour une bonne et "simple" raison qu’il explique avec franchise :

Il s’est passé que j’ai arrêté de boire (…) depuis 128 jours... Ce soir [au moment de l’enregistrement de son interview, NDLR], il se trouve que j’ai la voix un peu éraillée parce que j’ai beaucoup fumé depuis l’aube [...].

Oui, la voix est revenue parce que je suis arrivé à Bruxelles au bout de trois jours de Ricard, Pastis à raison d’un litre par jour. Je pouvais pas chanter, je pouvais pas parler. Je bougonnais, écroulé sur un canapé et je rendais les gens malheureux autour de moi. Je suis allé en clinique pour voir un addictologue magnifique. Je lui ai dit 'Vous voulez que j’arrête de boire ? OK, j’arrête.'"

Pince sans rire et lucide, Renaud Séchan brosse son autoportrait en ces termes : "Je n’ai plus de cernes sous les yeux, je marche droit, je ne titube plus. Je marche plus vite que mes potes, même parfois ils m’en font le reproche." Il ajoute : "Et là, vous me voyez rayonnant - j’allais dire splendide !- m’exprimant avec une certaine assurance et surtout m’exprimant beaucoup, beaucoup, beaucoup, ce que je ne faisais pas avant depuis près de 7 ans. Je rattrape le temps perdu et aujourd’hui, quand les gens me voient, ils sortent de là heureux. Ils ont la banane, comme moi."

Un renouveau pour celui qui se dit "phénix" dont l’une des plus belles conséquences est le retour de sa voix :

Au bout de huit jours, je recommençais à chanter pas mal, le lendemain un peu mieux, le surlendemain de mieux en mieux. Mais j’avais retrouvé du coffre, du souffle, de l’énergie, la banane, l’envie de chanter, l’envie d’écrire. Et j’ai chanté, chanté, chanté, écrit, écrit, écrit."

Bref, question santé, Renaud martèle : "Mieux ça serait indécent. C’est-à-dire qu’on ne peut pas aller mieux que moi." A tel point que les journées lui semblent trop courtes pour rattraper ce qu’il appelle "le temps perdu" de ces "années noires", pendant lesquelles il n’a "pas lu un livre".

Debout à 3h30 le matin, il dévore, "tout en fumant cigarette sur cigarette, malheureusement". Notamment des bouquins sur "l’économie, sur la dette, sur le capitalisme". On le retrouve engagé lorsqu’il évoque "toutes ces choses qui foutent les gens à la rue, qui licencient qui font des profits énormes sur ces licenciements soit disant économiques". Dans sa bibliothèque, entre autres, le "On a marché sur la dette" de son ami Christophe Alévêque (cosigné par Vincent Glenn) avec lequel Renaud était apparu le 7 janvier dernier place de la République pour l'hommage à Charlie.

Son nouveau single

A propos de sa chanson "Toujours debout", il la résume ainsi : "Oh, je dis quoi ? Je dis mes colères ! C’est une chanson 'contre', qui finit par un hommage à mes fans et à mon public chéri d’amour que j’aime et qui m’aiment infiniment et qui me l’ont prouvé pendant toutes ces longues années où j’étais absent de Paris, où j’étais dans le Vaucluse à L'Isle-sur-la-Sorgue. Une petite île, comme son nom l’indique, plantée au milieu de cette rivière. Tous les jours, tous les jours, tous les jours au bistrot, j’étais en terrasse au soleil, été comme hiver."

Les médias

Mais les paroles de "Toujours debout" sont aussi une charge contre ceux qui l’ont traqué durant son septennat de tête-à-tête avec la bouteille. Et ça, au moins, Renaud ne l’a pas oublié :

Paradoxalement, alors que je m’étais fait rare et disparu des médias, les médias n’ont pas cessé de parler de moi, de délirer sur moi de faire des '50 minutes inside', des '7 à 8' et d’autres émissions de ce style. Et ce qu’ils m’ont fait de pire, c’est 'Un jour, un destin', comme si j’étais mort. La veille, ils avaient fait Edith Piaf, et l’avant-veille Charles Trenet. Ils ont même fait un Patrick Bruel. Ah non, il est pas mort, faut pas déconner !"

Le slam déclencheur

L’étincelle artistique lui est aussi revenue avec sa rencontre avec Grand Corps Malade qui l’a invité sur son album "Il nous restera ça" pour y dire, la voix encore abîmée" un texte intitulé "Ta batterie". Renaud confie : "Ça m’a redonné le goût à l’écriture, le dragon qui sommeillait au fond de moi s’est réveillé et a commencé à cracher sa flamme, son feu d’écriture. En quinze jours, j’ai craché 14 chansons dont le premier single extrait de cet album qui sortira début avril..."

Un bond de géant pour celui qui répondait à ceux qui venaient le saluer dans sa longue retraite sur L’Isle-sur-la-Sorgue : "Je ne chanterai plus, je ferai pas de nouveau disque, j’ai plus d’inspiration et je n’ai plus d’idées. J’ai plus le moindre poil de cul d’amorce de début de chanson."

Et l'album...

D’ailleurs, outre les treize titres de son album attendu en avril, Renaud s’est fendu d’une quatorzième piste cachée. "Une chanson un peu spéciale, dit-il, puisqu’il s’agit d’un slam que j’ai écrit un matin au bar et que le soir j’interprétais sur la scène du café culturel de Saint-Denis dirigé par Grand Corps Malade avec l’ami Karim, un slameur de très-très grand talent. C’est un slam avec de l’humour. Ce que je reproche aux slameurs actuellement, [...] c’est de manquer un peu d’humour, de poils, bite, couilles et de nichons et de pipes… derrière la Basilique, de Saint-Denis !"

La scène

"La banane", ne cesse-t-il pas de répéter. Voire la pêche, puisque Renaud voit grand, très grand quant à son retour sur scène. Il promet de se produire "dès le 1er octobre, en province d’abord" avant de s’offrir une dizaine de jours au Zénith de Paris, puis de repartir sur les routes de France avant de revenir six jours en concert à Paris. Il rêve déjà de festivals d’été avant de faire des crochets en Belgique, en Suisse et même au Québec lors d’une tournée qui devrait l’emmener jusqu’au printemps 2017, promet-il. Avant de conclure par : "J’étais un chanteur qui buvait, maintenant, je suis un buveur qui chante."

Jean-Frédéric Tronche