Lettre ouverte à Renaud

Lettre ouverte à Renaud,

de la part de la "connasse" de L'Obs

 

Cher Renaud,

 

Je pourrais débuter cette lettre ouverte par "Cher connard de chanteur". Je ne le fais pas. Ce serait indigne, injurieux, choquant, inélégant ; ce serait facile, ce ne serait pas moi.

Vous êtes remonté sur scène le 1er octobre dernier, aux Arènes de l’Agora, à Evry. Une soirée inaugurale, un concert de chauffe, comme on dit dans votre métier, histoire de peaufiner les réglages avant d’affronter les Zénith de Paris et de province. Je n’étais pas dans la salle ce soir-là, mais j’ai eu vent qu’avant d’entonner "Hyper Cacher", votre hommage aux victimes juives du terroriste Amedy Coulibaly,vous avez lncé à mon adresse : "Je préfère écrire des chansons sur des vérités qui dérangent plutôt que sur des mensonges qui font sourire. Cette chanson, je la dédie à la connasse du Nouvel Obs". C’est indigne, injurieux, choquant, inélégant. C’est facile. Est-ce vraiment vous ?

D’après des personnes présentes ce soir-là à Evry, cette pique vous l’auriez bredouillée d’une voix mal assurée, de cette voix qui parle et chante en repoussant les limites de l’audible. Personne n’a compris pourquoi vous me dédiiez "Hyper Cacher", de votre bouche parfois haineuse, de votre bouche devenue pâteuse. Personne n’a compris, moi oui.

Il y a quelques années, en octobre 2006, vous publiiez aux Editions Textuel les manuscrits d’un florilège de vos chansons. A l’époque, je travaillais déjà pour "Le Nouvel Observateur", c’est à ce titre que le service de presse m’avait adressé cette somme. La feuilletant, je constatais que vous orniez vos papiers d’écolier de jolis croquis, ma foi, comme ceux que l’on dessine en rêvassant, en discutant au téléphone. La plupart d’entre nous griffonnent des cœurs, des murs de pierre, des flèches, des oiseaux. On fait des ronds, on fait des carrés. C’est là que je suis tombée sur une croix gammée. Une croix gammée, Renaud, que vous aviez dessinée, distraitement, tout en dialoguant avec vos muses. Une croix gammée que vous rendiez publique ce jour d’octobre 2006. Une larme de Tipex, un coup de Photoshop et elle aurait disparu. Vous avez décidé de la laisser.

Par mail, je vous demandais pourquoi avoir conservé cette tache, cette immondice, sur cet ouvrage signé de votre nom. Dans une réponse (rédigée par vos avocats ?), vous vous défendiez d’être "antisémite". Je ne vous soupçonnais pas de l’être ! En retour, avec cette violence qui vous anime parfois, vous menaciez de me traîner en justice si jamais je commettais l’imprudence de "nuire à votre image". Ah ! votre image ! Comme si j’avais titillé une âme mal à l’aise avec un passé pesant, oppressant, honteux. Un passé qui, s’il ressurgissait publiquement ferait scandale et salirait cette belle image d’anarcho-mitterrandiste, d’humaniste de gauche, d’arbitre intransigeant entre le bien et le mal. Fils et petit-fils de collabo, c’est lourd à porter, je veux bien le croire. Vous l’expliquez d’ailleurs très clairement dans votre autobiographie ("Comme un enfant perdu", XO Editions). Ce passé vous appartient, à vous et à ceux de votre famille qui portent le nom Séchan.

Cette histoire morte-née de la croix gammée, c’était il y a dix ans. Dix ans durant lesquels vous avez sorti des albums qui vous ont valu de ma part des critiques souvent acides. Elles me semblaient justes, justifiées. J’avais déjà constaté - ou considéré- que depuis "Boucan d’enfer" (2002), les muses vous faisaient la misère. "Rouge Sang" (2006) et "Molly Malone – Balade irlandaise" (2009) le confirmaient. Chaque fois qu’un de vos albums sortait, jusqu’au printemps dernier et la parution de "Renaud", j’émettais le souhait de vous interviewer. Chaque fois vous refusiez. Il vous arrivait de m’insulter dans d’autres journaux, j’étais déjà celle qui avait l’audace inouïe de contester la qualité de vos chansons. Celle qui ne marchait pas dans la combine de la promotion à base de : "le Pastis c’est fini", "j’ai replongé", "j’ai arrêté de fumer", "j’ai repris", "ma femme m’a quitté", "j’ai retrouvé l’amour", "mon amour est parti", "le Pastis c’est fini", etc.

J’étais déjà et je reste donc "La connasse de L’Obs". Celle qui ose vous demander "pourquoi cette croix gammée ?", celle qui pense qu’on ne peut pas à la fois vendre son intimité et fustiger les paparazzis qui vous shootent en mode clochard, le regard hagard. Je ne marche pas, c’est vrai.

Votre longue tournée va se poursuivre. Alors, plutôt que de me traiter tous les soirs de "connasse" devant une foule d’avance conquise, une foule éprise, je vous invite à venir me le dire en face que je suis une "connasse". Bien en face, Renaud. Un peu de courage. Venez.

 

Un  éclairage -photos à l'appui-   de  Johanna Copans,   auteur d'une thèse devenue  Livre de référence  sur Renaud et son oeuvre !

 

 

 

 

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Goldine nous fait parvenir celà

Dans le texe cela donne...

Renaud