Kanterbraü, je t'ai dans la peau

Renaud a tourné une  pub' vers 85/86 pour la marque de bière Kanterbraü.

 Le scénario de cette publicité  ou il se met en scène, collait assez bien à l'image que Renaud véhiculait à l'époque. Il chante accompagné par Jean-Louis Roques.

J'y ai dit, t'es mon poteau.
Si t'as besoin de moi t'a qu'a m'siffler,
J'viendrai te rejoindre dans ton bistrot,
Promis juré, tatata

Malgré l'ambiance, j'étais planté,
La Kanterbraü coulait a flots
L'père Kanter m'a dit, laisse tomber,
J'te paye un pot, ho ho

Une jolie blonde fraîche et amère,
Une douce légère, une Kanterbraü
Qu'j'ai dans la peau
Je m'suis sifflé une Kanterbraü
Pas au goulot, ho ho


Slogan final de cette pub' :"Avec Kanterbraü, Maître Kanter fait chanter la bière."

Les quelques vers de cette publicité font allusion à la chanson "Germaine" où Renaud chante :  

C'est du pareil au même
Pour te dire que je t'aime
Et qu'j'aime la Kanterbraü
(...)
C'est du pareil au même
Pour te dire que je t'aime
Et que j't'ai dans la peau
 

et où la "Kanterbraü" côtoyait déjà le "j'ai dans la peau". 

 Renaud a évoqué la bière dans une vingtaine de ses chansons (notamment dans ses premiers albums).

Renaud aurait par la suite regretté cette publicité, parce que son image de "pote" pouvait contribuer à faire tomber certains jeunes dans l'alcoolisme. Il se serait justifié, en disant, lors d'une émission télévisée belge "Chic tornade", que boire n'était pas forcement "cool", mais qu'à choisir une bière, autant choisir une Kanterbraü.

Toujours est-il qu'il reversa le cachet obtenu (900.000 francs français) pour cette publicité, au muséum d'histoire naturelle de Paris, ce qui permis la réouverture provisoire au public de cette "merveilleuse galerie". Renaud dira à ce sujet : "Il est trop injuste de cacher cette merveille. Je veux vous aider à la faire revivre".  

                                                                        L’Arche de Renaud

Un après-midi de février 1986, Renaud se promène avec Lolita, dans les allées du Jardin des Plantes. Une habitude pour le chanteur, qui délaisse volontiers le béton au profit de la ménagerie ou des serres tropicales, en compagnie de sa fille. Cet après-midi là, l’attachée de presse, Geneviève Boulinier, l’aperçoit et lui propose de pénétrer dans la grande galerie de zoologie, fermé depuis 1965 au public en raison de sa vétusté. Renaud n’en croit pas ses yeux : « Il est trop injuste de cacher cette merveille. Je veux vous aider à la faire revivre… ». Et de joindre le geste à la parole, quatre mois plus tard. Le chanteur au cœur tendre remet à Philippe Taquet, paléontologue de formation et actuel directeur du Muséum, le produit d’une publicité qu’il a tournée pour la bière Kanterbrau : un chèque de 900 000 F.

 Résultat : « Fauve qui peut », un spectacle son et lumière auquel nous avons assisté dans la fosse centrale de la galerie de zoologie, véritable arche de Noé, encadrée par les squelettes de six baleines. Nous voilà plongés dans l’obscurité. Bientôt les faisceaux lumineux s’attardent sur un groupe de girafes, puis se posent sur le dos des éléphants, découvrant des lions figés dans une scène de chasse appartenant à la collection du duc d’Orléans. Buffles, hippopotames, antilopes, rhinocéros naturalisés semblent renaître à la vie avec leurs cris sur bande sonore, dans une fumée de glycérine et d'eau. « Inaugurée par Armand Fallières, dit le récitant, deux mois et demi après la tour Eiffel, en 1889, la galerie du Muséum d’histoire naturelle présentait au public de l’époque le premier musée zoologique du monde, véritable modèle du genre… Autour d’une fosse centrale de 55m sur 26, toute de fonte, de fer et de bois, les galeries s’étageaient sur trois niveaux, totalisant presque quatre kilomètres de longueur et abritant près de vingt-quatre km de rayonnages… Dans les galeries du pourtour de la salle se trouvaient méticuleusement rangés dans leur vitrines ou leur bocaux : au premier étage, les oiseaux et les reptiles, au deuxième, les invertébrés. Ainsi, le jour de l’inauguration 1 150 000 spécimens étaient présentés… »

Les enfants (et les parents) qui écarquillent les yeux pourraient dire : « Merci Renaud ». « Un coup de cœur, insiste Philippe Taquet, une histoire d’amour et de passion. La somme qu’il nous a donnée est importante mais représentait une goutte d’eau par rapport au coût total des travaux de restauration, estimés à 300 millions de francs. Nous avons donc décidé de réouvrir la galerie et d’y organiser un spectacle son et lumière. Le pari consistait à montrer à montrer des objets misérables et poussiéreux, en un lieu qui fera toilette à partir de juin prochain. Pari gagné grâce à Renaud ».A la veille de l’été prochain, la fête prendra fin. La galerie va donc faire peau neuve. Juste un siècle après son ouverture, elle renaîtra sous l’enseigne du Musée de l’évolution. A condition, bien sur, que les 50 millions de francs, débloqués par le gouvernement, soient suivis par d’autres. « Le montant total de 300 millions, intervient Philippe Taquet, ne représente que le dépassement du devis initial du musée d’ Orsay ». Mais la muséographie change et plus questions de présenter des objets inertes, étiquetés en latin. « Nous aurons la possibilité, par exemple, explique Philippe Taquet, de mettre en scène la savane, grâce aux procédés les plus sophistiqués, en la montrant le matin au réveil, la journée, la nuit, durant la saison sèche, les incendies qui rythment sa vie, etc. »

Les grands mammifères naturalisés resteront donc dans la galerie rénovée. Le sort des squelettes de baleine, lui, n’est pas réglé. Il avait été envisagé un moment de les installer dans une bulle au-dessus de la bibliothèque, qui aurait bien besoin d’être égayée. On envisage maintenant de les installer dans une fosse sous la partie centrale. Une chose est certaine : l’immense zoothèque aménagée sous le Jardin des Plantes demeurera invisible au public. Nous l’avons visitée pour vous. 80 000 oiseaux et mammifères naturalisés voisinent avec d’innombrables invertébrés et 500 000 spécimens de poissons qui ont quitté la galerie en 1985. Chacun des trois niveaux de la réserve comporte six salles, renfermant chacun un bloc de rayonnages mobiles. Les manœuvrer, c’est découvrir des collections inestimables : la tortue molle du Nil, rapportée en 1801 par Geoffroy Saint-Hilaire de l’expédition d’ Égypte , ainsi que le fameux polyptère, poisson dont Cuvier déclara, devant l’ Académie des sciences que la seule découverte aurait justifié l’expédition de Bonaparte. Les compartiments où sont rangées les bocaux d’alcool, soit 600 000 litres, peuvent être immédiatement isolés par la fermeture automatique des portes coupe-feu… Le jardin des Plantes veilles sur ses trésors.

                                                                                                                                                                                                        Michel RADENAC (Télé 7 jours – 1986)

Et merci à Jihem44 pour m'avoir fait parvenir cet article !         

Renaud

 MAAH