Courrier de mon fils Thierry  - Juin 2000

Mon Déclic

   Je tiens à vous faire part de mon expérience et je vous joins le document qui a été pour moi "le déclic" et que je conserve comme un talisman dans mon porte-feuille. C'est un peu mon garde fou, mon ange gardien et ma bouée de sauvetage ! Cette lettre me soutient dans mon combat contre l'alcool. J'espère que cela éclairera quelques amis et lèvera un coin du voile !
   Amicalement,
   Un abstinent qui compte le rester.

SVPat

   Papa,
   Ce soir, je suis passé pour te souhaiter une bonne fête. Comme tu le laisses entendre depuis des années, je ne t'ai pas fait de cadeau, le coeur n'y est pas. Par contre, depuis quelque temps, tu as sûrement dû réfléchir à une discussion. Ce soir, j'ai appris pas mal de choses te concernant sur des évènements de ces derniers jours. Étant donné mon agacement face à ton attitude, je vais t'écrire ce que je pense(au moins rien de bien méchant ne sera dit !).
   Il est important dès maintenant que tu prennes conscience d'une chose, d'un sujet difficile à aborder.
   Papa, c'est dur à dire mais sincèrement, je pense que tu dois lutter contre toi-même face à l'Alcool. Te sais-tu alcoolique ? A chacune de mes visites tu es « entre deux eaux. C'est pas normal ! A vrai dire, tu ne t'en rends sans doute pas compte Il est difficile de reconnaître l'alcoolisme. Moi, j'ai le courage de te le dire. Tu bois trop. Cela me gêne, cela nous gêne. Puisque tes relations avec Maman (ta femme) et Laurent sont désastreuses. Ce soir, Maman et Laurent m'ont parlé. Que se passe-t-il ? Tu achètes maintenant des bonbonnes de vin ? Combien de temps ? Pour deux jours ou 3 ? C'est vraiment grave.
   Alors, et même si c'est difficile, je tiens à te dire que tout ceci doit changer. Et pour toi et pour nous. L'alcool te tue, et le climat nous tue. Moi, je ne cherche plus à venir tant mes mots risqueraient de nous séparer à jamais. Tu connais mes réactions et j'oserai assumer une séparation. Maintenant, il paraît que mardi tu rencontres l'assistance sociale. Écoute, c'est bien simple. Réfléchis à deux fois avant de lui donner TA réponse puisque moi, je n'accepterais pas de te voir rester à rien faire. Alors, pour ton bien, je te demande de partir dans ce centre de désintoxication. Cela sera dur pour toi, mais surtout pour nous tous.
   Car chaque membre de la famille vit très difficilement cette situation. On ne peut pas rester figer à se dire : "il va s'arrêter". Je pense que ta maladie n'en est pas une. Pourquoi nier la réalité? Être alcoolique est un fait. Que te dire de plus ? Qu'en fils aîné je te supplie de te reprendre ? Je désire te retrouver toi et non pas "le clone sans parole", je veux te voir clair, je souhaite de tout cour te savoir guéri.
   Enfin papa, j'essaie en vain de t'expliquer que dans tout cela ta femme, notre mère est la plus malheureuse. Elle ne se bat pas, ne te dira pas ces mots mais en pensera autant. Je sais que bien des choses t'ont dépassées, mais est-il normal d'en arriver à cette extrême ? Professionnellement, ton avenir, (ta retraite) est en jeu. Familialement, il faut que tu partes la-bas. A ce qui paraît, tu voudrais rester ici à essayer. Combien de fois tu l'as dit ? Trop souvent pour que cette fois ci cela marche. Je prendrai pour exemple les cigarettes : quand on y goutte ? Il est difficile de s'arrêter. N'est-ce pas ? Alors, moi ton fils, je te dis ouvertement mes pensées. Ou tu tentes ou tu perdras un fils ?
   Oui, c'est un ultimatum ! Il est dur pour moi mais j'aurai sur la conscience de t'avoir prévenu, de t'avoir laisser le choix. Je ne baisserais pas les bras facilement, mais bientôt viendra mon mariage et un enfant. Que pourra-t-il voir ? Un grand-père alcoolique. NON. Une famille désunie. NON. Un grand-père heureux. NON.
   A chacun d'aborder l'adversité. La mienne est simple. Il n'y a pas de raison : à combattre l'alcool autant te mettre dans des conditions idéales. Alors, je t'en SUPPLIE ! Je sais que souvent tu m'as pas écouté. Fais le cette fois ! Pars très rapidement, cela sera mieux.
   Papa, je terminerai en te disant que cette histoire terminée, je serai fier de te voir, de te parler, de venir. A n'en pas douter, tu prendras ta décision.
   Je t'aime,

Ton fils T.

Note personnelle
   Lettre découverte le matin en rentrant du travail. La veille, c'était le dimanche de la Fête des Pères.
   Le mardi suivant, j'ai été voir l'assistante sociale de mon travail. Nous avons pris contact avec un établissement spécialisé dans les traitements anti- alcooliques pour le 5 juillet. Le 10 juillet 2000, je commençais une cure de deux mois.


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